Ballade d'aucunes mauvaises coutumes qui règnent maintenant
Eustorg de BEAULIEU (1495-1552)

Le temps est changé grandement 
Si chacun bien y considère 
Et nul ne sait plus bonnement 
Comme il se pourra contrefaire ; 
On ne vit oncq telle misère ; 
(Dieu nous veuille de pis garder !) 
Car nul n'est qui craigne à méfaire 
Contre Dieu ni ses père et mère 
Chacun veut chacun gourmander.

On n'estime plus maintenant 
Un homme, eût-il le sens d'Homère 
S'il n'est riche et grands biens tenant 
Quoi qu'il soit trompeur et faussaire. 
Et ce sont ceux-là qu'on révère 
Sans qu'on les ose brocarder, 
Mais quelque pauvre de bon aire ! 
Soit noble, clerc ou mercenaire, 
Chacun veut chacun gourmander.

Maints châtient tant doucement 
Leurs enfants qu'enfin leur font faire 
Maints jeûnes sans commandement 
Et les chassent de leur repaire, 
Et peut-on voir à vue claire 
Tel enfant qui devrait téter, 
Qui est jureur, menteur, trichaire , 
Ivrogne, orgueilleux, fier, austère ; 
Chacun veut chacun gourmander.

Prince, notre cas ne vaut guère 
Si nous voulons bien regarder, 
Et c'est pitié de notre affaire 
Voyant que, par grand impropère, 
Chacun veut chacun gourmander.



Merci d'avoir consulté Ballade d'aucunes mauvaises coutumes qui règnent maintenant de Eustorg de BEAULIEU (1495-1552)