Le Cul
Blasons, une Anthologie
Eustorg de BEAULIEU (1495-1552)

Sans déroger aux premiers Blasonneurs 
Du trou du cul, et sauves leurs honneurs, 
Et de tous ceux qui ont savoir condigne 
Pour blasonner une chose tant digne, 
Je derechef lui don’rai un Blason 
Car sa louange est toujours de saison. 
Et, tout premier, dis que, sans menterie, 
Le cul au corps a haute seigneurie ; 
Et, qu’ainsi soit, la force de son sens 
Vient parforcer tous les autres cinq sens 
À consentir aux sentences mucées 
Dans son cerveau, puis par lui prononcées 
Si justement qu'on n'en peut appeler 
Ne contre lui, fors en vain, rebeller. 
Puis les cheveux, front, sourcils, yeux et bouche 
Sont amortis quand la mort le cul bouche, 
Si sont tétins, nez, joues, et menton, 
Gorge, estomac, ventre, cuisses, et con, 
Jambes, et bras, pieds, mains, aussi oreilles, 
Cols blancs et droits, et corps faits pour merveilles. 
Mais on peut perdre un oeil, ou tous deux, 
La jambe, un bras, le nez, ou les cheveux 
Que pour cela monsieur le cul, derrière, 
N'en mourra point, ne fera pire chère. 
Donc, il n'est rien en tout le corps humain 
Que, si le cul ne lui tient forte main, 
Puisse échapper que ne perde la vie 
Ou, pour le moins, ne tombe en maladie. 
Et si d'icelle attend la guérison, 
Faut que le cul en fasse la raison 
En lui donnant force suppositoires, 
Poudres, senteurs, doux huiles, et clystères 
Pour l'apaiser, voire jusques à tant 
Qu'il crachera le mal au corps latent. 
Ô doncques, cul, de santé le vrai signe 
Où maint docteur, en l'art de médecine, 
Prend son avis et visite ton fait, 
Sans toi n’est corps qui ne soit imparfait. 
Et outre plus n’est requis que je taise 
Comment tout prince, et grand seigneur, te baise 
Au départir du ventre maternel, 
Qui est à toi un los bien solennel, 
Car ce tribut te doit tout fils de mère 
Soit pauvre ou riche, aussi nul n’y diffère. 
Et qu’aucun dit que tu es sale, et ord 
Et inutile, il te blasonne à tort, 
Car j’ai raison pour toi tout au contraire 
Dieu sait de qui! et voici l‘exemplaire : 
Ne lit-on pas aux livres anciens 
Ce qu’un grand clerc mande aux Corinthiens ? 
Ne sais si c’est en l’épître première … 
Si l’aille voir qui ne te prise guère 
Et revenons au cul en joie et ris. 
Ô donc gros cul à facon de Paris, 
Cul qu’en allant te dégoises et branles, 
Comme en dansant basses danses, ou branles 
Pour démontrer – si bien ta geste on lit – 
Que tu ferais bien branler un chalit 
Cul qu’à ta garde as dix ou douze armures 
De linge, toile, en drap, soie, ou doublures, 
Outre le beau, frisque, et gaillard derrier, 
Mais de surcroît, pour être plus gorrier. 
Cul enlevé trop mieux qu’une coquille, 
Ô cul de femme! Ô cul de belle fille ! 
Cul rondelet, cul proportionné, 
De poil frisé pour haie environné 
Où tu te tiens toujours la bouche close, 
Fors quand tu vois qu’il faut faire autre chose. 
Cul bien froncé, cul bien rond, cul mignon, 
Qui fais heurter souvent ton compagnon 
Et tressaillir, quand s’amie on embrasse 
Pour accomplir le jeu de meilleur grâce. 
Cul rembourré comme un beau carrelet, 
Qui prends les gens plus au nez qu’au collet. 
Cul préféré à chacun autre membre, 
Qui le premier couche au lit de sa chambre 
Et le dernier en sort gai et léger, 
Comme de table à l’heure de manger. 
Cul anobli, et à qui fait hommage 
La blanche main, voire tête et corsage 
S’enclinant bas pour te pouvoir toucher 
Et tous les jours révéremment torcher. 
Et, qui plus est, ce temps, chacun s’essaye 
De te vêtir de drap d’or, et de soie 
Et peut-on voir maints braves testonnés 
Qui ont leurs bas de chausse, et leurs bonnets, 
Robe et pourpoint de draps de moindre enchère 
Que n’est leur haut-de-chausse et leur derrière. 
Ô puissant cul, que tu es à douter, 
Car tu fais seul par ta force arrêter 
Où il te plaît, seigneurs, serfs, fols et sages 
Dont les uns ont pour te moucher des pages. 
Qu’il soit ainsi : par toi jadis on vit 
Le Roi Saül, qui poursuivait David, 
Si très-forcé, qu’à David se vint rendre 
Sans y penser, lequel ne le vint prendre 
Ni ne l’occit, quoiqu’il l’eût en sa main, 
Plus aimant paix, qu’épandre sang humain. 
Cul imprenable, assis mieux que sur roche 
Entre deux monts, où ennemi n’approche 
Qui tôt ne soit en la male heure houssé, 
Et par ta force et canons repoussé. 
Dirai-je rien de ta grande franchise ? 
Las, si ferai! car tu peux dans l’église – 
À un besoin – soupirer et péter 
Quoique le nez s’en veuille dépiter 
Et qu’on te dît que tu es sacrilège, 
Qui est à toi un très-beau privilège. 
Cul désiré d’être souvent baisé 
De maint amant de sa dame abusé 
S’elle voulait moyennant telle offrande 
Lui octroyer ton prochain qu’il demande. 
Je dis encor, ô cul de grand’valeur, 
Que ton teint fait de brunette couleur 
Ne changera tant que seras en règne, 
Et le teint blanc qu’aux autres membres règne 
Par cours de temps peu à peu viendra laid. 
Ô doncques cul, réjouis-toi seulet 
Puis que tu as tant de vertu et grâce 
Que tout beau teint, fors que le tien, s’efface 
Et, advenant qu’il se pût effacer, 
Mieux que d’un autre on se pourrait passer. 
Et, pour renfort de ta louange écrire, 
Dis que tu tiens de tous membres l’empire, 
Pource que peux leurs beautés disposer 
Ou leur laisser, ou leur faire poser : 
C’est quand tu es aux œuvres naturelles 
Prompt et hardi, ou quand te lâches d’elles, 
Et de toi pend leur joie, ou leur tristesse. 
Ô cul vaillant et rempli de prouesse, 
Combien heureux sont – donc – les membres tous 
Tant que tu as la foire, ou bien la toux ? 
Car, ce pendant, la crainte ne les mord 
D’être mordus, en chiant, de la mort. 
Confessent donc que sans tes bénéfices 
Ils n’ont beauté, teint, plaisirs ne délices.



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Le Cul est un extrait du livre "Blasons, une Anthologie" - CLE