Nocturne
Stuart MERRILL (1863-1915)

À Joris-Karl Huysmans



La blême lune allume en la mare qui luit 
Miroir des gloires d'or, un émoi d'incendie. 
Tout dort. Seul, à mi-mort, un rossignol de nuit 
Module en mal d'amour sa molle mélodie.

Plus ne vibrent les vents en le mystère vert 
Des ramures. La lune a tû leurs voix nocturnes :
Mais à travers le deuil du feuillage entr'ouvert, 
Pleuvent les bleus baisers des astres taciturnes.

La vieille volupté de rêver à la mort
A l'entour de la mare endort l'âme des choses.
A peine la forêt parfois fait-elle effort
Sous le frisson furtif d'autres métamorphoses.

Chaque feuille s'efface en des brouillards subtils. 
Du zénith de l'azur ruisselle la rosée 
Dont le cristal s'incruste en perles aux pistils 
Des nénuphars flottant sur l'eau fleurdelisée.

Rien n'émane du noir, ni vol, ni vent, ni voix, 
Sauf lorsqu'au loin des bois, par soudaines saccades, 
Un ruisseau roucouleur croule sur les gravois :

L'écho s'émeut alors de l'éclat des cascades.



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