Anton Van Dyck
Marcel PROUST (1871-1922)

Douce fierté des coeurs, grâce noble des choses, 
Qui brillent dans les yeux, les velours et les bois ; 
Beau langage élevé du maintien et des poses 
Héréditaire orgueil des femmes et des rois !

Tu triomphes, Van Dyck, prince des gestes calmes,
Dans tous les êtres beaux qui vont bientôt mourir,
Dans toute belle main qui sait encor s'ouvrir...
Sans s'en douter, qu'importe, elle te tend les palmes !

Halte de cavaliers sous les pins, près des flots 
Calmes comme eux, comme eux bien proches des sanglots ; 
Enfants royaux déjà magnifiques et graves, 
Vêtements résignés, chapeaux à plumes braves, 
Et bijoux en qui pleure, onde à travers les flammes, 
L'amertume des pleurs dont sont pleines les âmes, 
Trop hautaines pour les laisser monter aux yeux ; 
Et toi par-dessus tous, promeneur précieux 
En chemise bleu pâle, une main à la hanche, 
Dans l'autre un fruit feuillu détaché de la branche, 
Je rêve sans comprendre à ton geste et tes yeux : 
Debout mais reposé dans cet obscur asile 
Duc de Richmond, ô jeune sage ! – ou charmant fou ? –
Je te reviens toujours... –. Un saphir à ton cou 
A des feux aussi doux que ton regard tranquille.



Merci d'avoir consulté Anton Van Dyck de Marcel PROUST (1871-1922)