Le prolongement
Léon DEUBEL (1879-1913)

Rien ne s'efface. Tout survit.
Hier à demain vient se coudre.
Le chemin garde dans sa poudre
Le pas de ceux qui l'ont suivi.
 
Un parfum veille dans l'armoire
La rose morte en ses atours ;
Le monde vit dans la mémoire
De la rosée et des beaux jours.
 
Les livres mettent à la voile
Pour porter aux temps qui viendront
Tout ce qui s'élève des fronts
Vers les balsamiques étoiles.
 
Au chevet du lit où s'endort
Une enfance blonde et ravie.
Le Père voit, comme un blé d'or
Son fils dans le champ de sa vie.
 
Et le poète qui s'éveille
Fiévreux d'entendre ses chansons
Se prolonger dans les buissons
Sur le point d'orgue d'une abeille,
 
Comme un vainqueur de sa victoire.
Comme un héros de sa cité.
Fait de la chose transitoire
Une sonore éternité.



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