Plus ultra
José-Maria de HEREDIA (1842-1905)

L'homme a conquis la terre ardente des lions 
Et celle des venins et celle des reptiles, 
Et troublé l'Océan où cinglent les nautiles 
Du sillage doré des anciens galions.

Mais plus loin que la neige et que les tourbillons 
Du Ström et que l'horreur des Spitzbergs infertiles, 
Le Pôle bat d'un flot tiède et libre des îles 
Où nul marin n'a pu hisser ses pavillons.

Partons ! Je briserai l'infranchissable glace, 
Car dans mon corps hardi je porte une âme lasse 
Du facile renom des conquérants de l'or.

J'irai. Je veux monter au dernier promontoire, 
Et qu'une mer, pour tous silencieuse encor, 
Caresse mon orgueil d'un murmure de gloire.



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