Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises...
Les Illuminations (1875)
Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,
Je buvais à genoux dans quelque bruyère
Entourée de tendres bois de noisetiers,
Par un brouillard d'après-midi tiède et vert.

Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,
Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert,
Boire à ces gourdes vertes, loin de ma case
Claire, quelque liqueur d'or qui fait suer?

Effet mauvais pour une enseigne d'auberge.
Puis l'orage changea le ciel jusqu'au soir:
Ce furent des pays noirs, des perches,
Des colonnades sous la nuit bleue, des gares,

L'eau des bois se perdait sur les sables vierges,
Le vent de Dieu jetait des glaçons aux mares,
Et, tel qu'un pêcheur d'or et de coquillages,
Dire que je n'ai pas eu souci de boire!



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Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises... est un extrait du livre "Les Illuminations (1875)" - CLE