Le captif
Anatole FRANCE (1844-1924)

Il est, non loin des tièdes syrtes 
Où bleuit la mer en repos, 
Un bois d'orangers et de myrtes 
Dont n'approchent point les troupeaux.

Là, sous l'ombre antique d'un arbre, 
Un satyre, ouvrage divin, 
Sourit dans sa gaine de marbre, 
Comme réjoui par le vin.

Il a des oreilles aiguës 
Que dresse un frémissement prompt ; 
De jeunes cornes invaincues
Reluisent sur son mâle front ;

On voit que ses larges narines 
Portent à ses heureux esprits 
La fraîcheur des brises marines 
Et les parfums des bois fleuris ;

Les coins soulevés de ses lèvres 
Rappellent le falerne bu ; 
Deux glandes, comme en ont les chèvres,
Pendent sous son menton barbu.

Captif du socle pentélique, 
Languit un triste adolescent 
Le dieu, de son regard oblique, 
Lui verse un rayon caressant.

Mais lui, l'enfant aux ailes blanches, 
Lève, des yeux brillants de pleurs, 
A cause de ses molles hanches, 
De ses bras liés par des fleurs.

Les larmes sur sa belle joue, 
Mouillent sa chevelure d'or. 
Parfois ses ailes qu'il secoue 
Méditent l'impossible essor.

Et tant que le soleil éclaire
Le bois chaste et silencieux,
Les fiers desseins et la colère
Enflamment ses humides yeux.

Mais quand vient l'ombre transparente 
Ramener les Nymphes en choeur, 
Il rit, et sa chaîne odorante 
Enivre doucement son coeur.



Merci d'avoir consulté Le captif de Anatole FRANCE (1844-1924)